Les chasseurs ont récemment obtenu l’autorisation de tirer sur les perdrix grises de montagne. Désormais, une nouvelle étape est franchie : le financement de leurs propres études sur ces oiseaux via l’éco-contribution, un fonds issu de l’argent public. Autrement dit, ils mènent l’étude, rédigent le rapport et valident eux-mêmes leurs quotas. Un modèle d’auto-validation parfait, où l’arbitre est aussi le joueur. Pratique, non ?
Un arrêté préfectoral en question
Le 20 février 2025, le préfet des Hautes-Pyrénées a publié un arrêté autorisant la capture de perdrix grises des montagnes dans le cadre d’une étude scientifique visant à mieux comprendre leurs habitats de reproduction. Cependant, cette étude est menée par les chasseurs eux-mêmes, qui sont également responsables de la régulation de cette espèce et de l’attribution des quotas de chasse.
Juge et partie, ils contrôlent ainsi l’ensemble du processus. Qui pourrait croire en l’objectivité d’une telle étude ? Mais après tout, pourquoi s’embêter avec une évaluation indépendante quand on peut s’auto-évaluer en toute tranquillité ?
Des enjeux importants pour la biodiversité
Une approche scientifique discutable
Si les chasseurs détectent une population suffisante de perdrix, cela pourrait justifier la poursuite de la chasse au nom de la régulation. En revanche, si les effectifs sont jugés insuffisants, la prédation d’autres espèces pourrait être mise en cause, menant à des actions de contrôle sur les prédateurs naturels. Bref, quelle que soit la situation, la conclusion reste la même : il faut chasser. Un raisonnement aussi circulaire que pratique.
L’étude de l’Observatoire des Galliformes de Montagne (OGM) réalisée en 2024 n’a pas permis de déterminer clairement si la population de perdrix était en hausse ou en déclin. Ce manque de données aurait pu compromettre l’attribution des quotas de chasse. Heureusement (ou opportunément), cette nouvelle étude tombe à point nommé pour combler ce vide et permettre d’ajuster les quotas « comme il faut ».
L’utilisation des fonds publics
L’éco-contribution, financée par l’État et l’Office français de la biodiversité à hauteur de 10 € par permis de chasser validé, ainsi que par les fédérations de chasse (5 € par permis, selon l’article 13, 8° de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019), est censée être dédiée à la protection de la biodiversité. Pourtant, elle finance des études menées par ceux qui bénéficient directement de la chasse. Un bel exemple de « protection » où l’argent censé préserver la faune sert surtout à mieux l’exploiter.
Une espèce déjà fragilisée
La perdrix grise des Pyrénées est déjà impactée par le changement climatique et la dégradation de son habitat. À cela s’ajoute désormais une étude qui pourrait légitimer sa chasse. Par ailleurs, l’arrêté ne fixe aucune limite au nombre de perdrix pouvant être capturées et bien que le « bien-être animal » soit mentionné, aucune garantie n’est apportée quant à l’absence de risque pour les oiseaux capturés. Autant dire que la prudence semble toute relative.
Mais rassurez-vous, tout est sous contrôle… des chasseurs.
Vers une gestion plus transparente
Pour assurer une gestion équilibrée et réellement bénéfique à la biodiversité, nous demandons :
- Des études menées par des écologues indépendants, garantissant une analyse impartiale des populations de perdrix grises.
- L’arrêt immédiat de la chasse aux perdrix grises, afin de préserver une espèce déjà vulnérable.
- Une gestion de la faune sauvage fondée sur des critères scientifiques et non sur des intérêts particuliers.
La préservation de la biodiversité ne doit pas être subordonnée à des arrangements entre amis. Il est essentiel de s’appuyer sur des recherches indépendantes et des politiques publiques transparentes pour garantir la protection des espèces et de leurs habitats. La nature mérite mieux qu’un bilan de population rédigé entre deux battues.